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Jeudi 8 juillet 2010 4 08 /07 /Juil /2010 11:48

A maintenant une semaine du départ, un certain nombre d’entre vous s’inquiètent très gentiment de savoir si je vais bien vivre mon retour, si je n’ai pas peur du vide que vont me laisser toutes ces vérités nouvellement découvertes, si je ne crains pas trop de retrouver un monde superficiel etc…


Soyez rassurés, il n’en est rien ! C’est en revanche l’occasion de repréciser en quelques lignes un certain nombre d’idées et réflexions que j’ai pu mener au cours de cette année, riche à tous points de vue.

Il a toujours été très clair depuis le départ que cette année était plus qu’une parenthèse, mais moins qu’une vocation. Laissez-moi m’expliquer.


J’ai  eu la chance de pouvoir prendre du temps pour aider. Pouvoir faire bénéficier un peu les autres du surplus que j’ai eu la chance de recevoir, grâce à mes parents, mon éducation, et tant d’autres. Rien d’héroïque à cela. Il est plus aisé, vous en conviendrez, de donner ce que l’on a en abondance. Même si cette année m’a réservé des difficultés et des sacrifices parfois plus douloureux que je ne les prévoyais, elle n’en a pas moins été pour moi une opportunité fabuleuse.


A l’inverse, je n’ai aucunement la foi, la générosité, l’esprit de sacrifice et d’abandon suffisants pour sacrifier plus que ce que j’avais en surplus. Je n’ai rien abandonné, je n’ai fait que mettre entre parenthèses. Jamais il ne m’est venu à l’esprit, ni après, ni durant cette coopération, de prolonger, de faire de l’aide aux autres, de la charité ma vocation.


Ma vie est en France, auprès de ceux que j’aime. Mes choix de vie sont les mêmes qu’auparavant, plus avancés encore, raffermis…Je retourne à cette vie avec joie et enthousiasme. Certes j’ai eu depuis Manille une perspective un peu nouvelle sur ce qui tient du nécessaire, du fondamental, et ce qui n’est qu’accessoire. Mais il me semblerait hypocrite, pour moi, fils de tout cela, que de vouer aux gémonies cette existence que j’ai menée sans m’en soucier, au simple prétexte que j’en aurais entraperçu une autre possible.

 

Et ce raisonnement va plus loin qu’une simple correction, qu’une politesse. Il existe en France une sorte de lyrisme larmoyant et angéliste autour de l’idée de « l’humanitaire ». Dès que l’on évoque des sujets tels que les fossés entre Nord et Sud, qu’ils concernent le développement, la richesse matérielle, les conditions de vies ou tout autre critère, semble s’imposer un manichéisme de bon aloi à propos duquel j’aurai quelques idées à vous suggérer.


Vous n’aurez aucun mal à vous figurer cette image d’Epinal qui veut que les occidentaux trônent sur le toit du monde, égoïstes et le cœur racorni par trop de richesse sur lesquelles ils veillent jalousement, prêts à toutes les bassesses pour augmenter leur assises au dépend des pauvres. De l’autre côté de la balance, les pauvres, les bidonvilles, la misère. Mais ces gens sont heureux, simples, ils connaissent la vraie valeur des choses, savent se contenter de ce qu’ils ont. On aurait tout à apprendre de leur philosophie de vie dépouillée.

 

Ces poncifs sont à mon sens autant d’idioties. La misère est le creuset de tous les drames et de toutes les atrocités que peut engendrer l’Homme. Nulle part ailleurs que dans les bidonvilles ont lieu autant de violences, de meurtres, de viols, d’incestes et d’autres horreurs. Parce que les hommes aspirent à une vie meilleure et qu’en ces lieux rien de légal n’est même envisageable pour imaginer l’obtenir. C’est un fait indéniable.


Pourtant, c’est vrai, il y a dans ces bidonvilles, parmi ces abandonnés, des saints. Des gens extraordinaires. Des gens dont la générosité, justement, dépasse de loin de qu’ils possèdent. Mais ces saints ne sont pas le fruit du dénuement qui leur est imposé. Leur vie donnée est le fruit de la richesse de leur cœur, de leur foi, de la bonté à laquelle ils croient.

Il y a tout autant de gens formidables chez les riches que chez les pauvres (même si cette opposition est primaire, vous le sentez bien), et autant de salauds. Seulement un diamant est plus éclatant dans la cendre qu’en vitrine.

L’aisance est souhaitable pour tous, tous l’appellent de leurs vœux, elle et tous ses corollaires, l’éducation, la culture, et tant d’autres opportunités.

 

Bien sur mon raisonnement est bien généraliste et j’assimile trop de choses. Evidement la simplicité est une vertu à cultiver et la charité incontournable. En aucun cas je ne fais l’éloge de l’argent pour lui-même. Je ne propose même pas de solution utopiste.


Je voulais simplement par ces quelques idées maladroitement agencées (il est loin le temps des dissertations parfaitement chevillées) vous aider à comprendre pourquoi j’affirme, à la surprise de certains j’en suis bien conscient, que je n’ai aucun complexe ni aucune inquiétude à retourner à ma vie de chanceux.


Je ne pars pas sans regarder en arrière. Surtout pas. J’ai évidement la résolution de continuer à aider ces enfants qui m’ont tant apprit, même si ce ne sera sans doute plus directement en suant à Divisoria.

Je garderai toujours dans mon cœur tous ces petits que j’ai eu la joie de servir durant cette année. Vous avez sans doute tous vus « La Liste de Schindler ». Un très grand film, au cours duquel la seule note de couleur est le manteau rouge d’une petite fille aperçue durant la liquidation d’un ghetto juif. Ce manteau rouge qui fait basculer Schindler, qui lui rend personnel le drame qui se déroule sous ses yeux, qui l’incarne comme autre chose qu’un événement historique.

 Sans autres rapprochement, ces enfants auront en quelques sorte été pour moi ce manteau rouge. Les visages que j’ai pu mettre sur le fond de la misère humaine à qui l’on peut par quelques sacrifices redonner un espoir. Nourrir leur espérance. Une goutte d’eau dans l’océan. Mais indispensable.

 

Ces quelques lignes sont confuses et brouillonnes mais je ne souhaite pas les retravailler. J’aimerai simplement que vous puissiez y retrouver quelques unes de ces choses qui repartent avec moi. Quand au reste, ce qui vous aurait surpris ou choqué, je serai ravi de vous en parler plus longuement…dans une semaine !

 

 

Par Henri de Lorgeril
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Lundi 28 juin 2010 1 28 /06 /Juin /2010 10:11

 

Trois semaines du départ. Demain commence pour moi le marathon des sacro-saintes « despedidas » à la Philippine. Je vais passer dans tous les centres pour dire au revoir aux enfants. Bac de glace et Coca tiède de rigueur.

J’ai longtemps hésité à me plier à cette tradition, et puis je me suis rangé à l’évidence que ne pas s’y rendre serait ressenti comme un manque de respect.

Pourtant, et j’en suis bien conscient, pour les enfants, mon départ n’a rien d’un déchirement. Pour les plus anciens de la Fondation, ils ont peut être déjà vu passer une bonne quarantaine de volontaires français…

A l’exception peut être de ces quelques uns qui m’ont fait la confiance de me permettre d’entretenir avec eux une relation plus profonde. Ces Walter, Gary, Edgar, Angel, et quelques autres, comme des petits frères et sœurs supplémentaires, que je garde dans mon cœur comme un souvenir bien plus vivace que les petits bibelots dont je ferai ma valise et qui vieilliront au grenier.

Je suis passé, j’ai fais mon job du mieux que j’ai pu, j’ai essayé d’apporter ma pierre à cet édifice splendide qui grandit à vue d’œil depuis douze ans maintenant et qui me dépasse de beaucoup. Je ne suis qu’un maillon de cette longue chaîne qui je l’espère ne s’arrêtera qu’une fois le dernier enfant des rues ramené à l’école et réconcilié avec sa famille.

« Que dites vous, c’est inutile ?

Je le sais, mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès,

C’est bien plus beau lorsque c’est inutile. »

Si j’osais détourner ces trois vers de notre cher Cyrano sans craindre « que [son] sang se coagule à l’idée qu’on en puisse changer une virgule », jeremplacerais inutile par illusoire pour vous dépeindre ce que je crois.

Je pars heureux et même si je n’espère guère être capable un jour de faire un quelconque bilan exhaustif de cette année extraordinaire, je sais déjà que les fruits que j’en récolterais paieront largement le mal qu’ils m’ont pris à les semer.

J’avais imaginé à l’approche du départ être capable d’écrire sur ce blog un article beau et profond qui dépeindrait avec brio tout ce que l’on peut ressentir en pareil circonstance. Le temps venu, je réalise quelle ambition je nourrissais. Je me contenterai de quelques billets courts, comme ils me viendront.

Le reste, je le garde pour vous, de vive voix, après ce retour dont j’ai tant hâte. Je l’ai dit à certain d’entre vous au cours des correspondances dont  vous me faites la gentillesse de m’abreuver, je crains un peu le départ mais suis plein de sérénité et de joie à l’idée du retour. Vous comprendrez je l’espère la nuance.

 

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Par Henri de Lorgeril
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Mardi 15 juin 2010 2 15 /06 /Juin /2010 11:36

Aujourd’hui, c’est la rentrée. Les cortèges d’enfants en uniformes flambant neufs font leur retour en égayant les rues. Les beaux visages rayonnent de fierté vers une année nouvelle, une classe neuve, malgré la démarche un peu gauchie par les chaussures neuves. Il est bien fini, l’été en sandale.

La saison des pluies commence bruyamment par de puissants orages et quand meurt l’après-midi, les éclairs  fracassent le ciel entre les nuages ocres et noirs dans la pesante moiteur, que même les lourdes gouttes ne sauront  dissiper.

Sentiment mitigé entre lourdeur et gaieté, comme un temps qui fini et laisse place au suivant. Tout change et file inexorablement.

Ainsi ma mission. Il ne me reste que trente jours dans ce drôle de pays. Trente jours que je compte minutieusement. Trop courts et trop longs à la fois. L’esprit plus que jamais écartelé, tout aux joies du retour et à la mélancolie du départ.

Ainsi va la vie et l’on m’avait prévenu. On n’écoute jamais les conseils bienveillants et envahissants : « Tu verras comme cela passe vite ». C’est vrai et c’est faux.

Un drôle d’article en vérité, un peu mélancolique mais le sourire aux lèvres. Tout aux préparatifs du départ, de l’arrivée d’Yves, mon remplaçant, au programme du retour, je sais que je regretterai chaque instant perdu, mais pourtant qu’il est doux de voir la vie se faire…

Par Henri de Lorgeril
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Dimanche 9 mai 2010 7 09 /05 /Mai /2010 16:57

J’avais un peu la flemme d’écrire en ce dimanche soir, mais à la réflexion je me suis dit que je ne pouvais pas vous faire passer à côté d’un événement majeur de la vie philippine depuis six mois et qui connaitra son point d’orgue ce lundi.

Le festival du cirque de Monaco, la fête à Neuneu, la foire aux oignons de Guitres (pour ceux qui ne connaissent pas Guitres…eh bien je vous comprends !) n’ont qu’à bien se tenir. Bienvenus dans la plus fabuleuse période qui soit, festival de couleur, de bruits, d’ambiance et de bonne humeur : c’est Election Time !

Afin de faire des économies, toutes les échéances électorales sont rassemblées en une seule date. Présidentielles, législatives, sénatoriales, municipales, tout y passe !

Les Philippines ont une tradition démocratique encore assez jeune et les responsables politiques des habitudes clientélistes extrêmement affirmées. On ne devient pas le 141eme pays le moins corrompu du monde sans consentir à certains efforts !

Au fur et à mesure de mes articles, vous avez peut être commencé à sentir l’attachement certain des philippines pour…le kitsch ! On est, en ce qui concerne les élections, dans un sommet  en la matière. Les idées et les programmes étant encore des concepts assez peu développés, les arguments de campagne se résolvent à la célébrité du candidat.

Tout est bon pour afficher la bouille, le logo ou la couleur de votre champion. Drapeaux, affiches, autocollants sur les voitures, bracelets, éventails, cadeaux en tous genre, tout concourt à  afficher votre préférence (oubliée la réserve que l’on pratique chez nous en terme d’opinions politiques) et tout provient d’ailleurs des équipes de campagnes qui s’affairent à distribuer tous ces « encouragements au vote » à grand renfort de convois chamarrés hurlant les chansons de campagnes de chacun. La caravane du Tour de France pourrait en prendre de la graine.

L’ambiance globale n’est pas sans rappeler les campagnes que j’ai menées avec un certain nombre d’entre vous l’année dernière pour tenter de prendre le pouvoir au bureau des éléves dans une certaine école nantaise…C’est vous dire si cela vole haut !

La seule différence malgré tout (je vous le promets) est sans doute le désintéressement tout relatif des candidats. Comme me le disait récemment un chinois de Divisoria avec un pragmatisme désarmant : « Je ne connais personne de sérieux qui investisse sans attendre de résultat ! » Or l’investissement consenti par les candidats, souvent sur fonds personnels, s’élève à des milliards de pesos. Quand on sait que le salaire mensuel officiel d’un président de la république est inferieur à 100.000 pesos, on ne peut qu’apprécier la remarque…

Dans les grandes lignes, on présente quatre candidats principaux à la succession de Gloria Macapagal-Arroyo (GMA), la présidente en place et championne incontestée de la traite de vache à lait depuis neuf ans.

Dans le premier coin du ring, en short jaune, Begnino « Noynoy » Acquino, est le fils de deux héros nationaux ayant participé à la chute de Marcos, le dictateur des années 70-80 et surfe sur la vague d’émotion crée par la mort de sa mère à l’automne, ancienne présidente et adulée pour sa soi-disant hargne à combattre la corruption. Actuellement député, il a la particularité de n’avoir jamais réussi à porter un projet de loi jusqu’au bout.

En face, en position de premier contestant, casaque orange, Manny Villar. Issu de la société civile c’est une des premières fortunes philippines, self-made man grâce à la fortune de sa femme, entrepreneur immobilier, un milieu particulièrement épargné par les logiques de pots de vins, vous vous en doutez bien ! Il prétend être un ancien enfant des rues, mais sa volonté affichée de nettoyer Manille de ses pauvres fait froid dans le dos.

 

Dans le troisième coin Gilbert « Gibo » Teodoro, maillot vert, cousin de Noynoy, fonctionnaire depuis des années est l’homme de la présidente dans cette campagne, au point qu’elle ait démissionnée de la tête de son parti pour lui en laisser les rênes. Il est relativement handicapé par l’immense rejet que suscite aujourd’hui la présidente.

 

Enfin, le dernier candidat crédible, tunique rouge, l’ancien président  Joseph « Erap » Estrada, illustre le mieux le manque de dignité de ce monde politique philippin. 73 ans, ancien acteur populaire, ancien président de la république, départi en 2001 de son poste par une révolution populaire et condamnée à la prison à la perpétuité pour corruption, il avait été remplacé par sa vice-présidente, GMA. Il est finalement sorti de prison en 2007, graciée par…GMA elle-même ! Malgré ces quelques casseroles, il est le candidat préféré des plus pauvres notamment…

 

Vous connaissez désormais les principaux participants à cette course au palais présidentiel. Ces quatre braves types remplis de bonne volonté et d’esprit de service du peuple s’affronte à la régulière dans une campagne d’idée, digne et passionnante… (Ce paragraphe était réservé aux consciencieux fonctionnaires du bureau de l’immigration qui chipotent encore à renouveler mon visa.)

 

Pour complexifier encore notre petite aventure, les philippins ont décidé de se doter, à la façon des Etats-Unis, de machines à lire les bulletins de vote pour hâter les résultats et éviter les bourrages d’urnes et autre triches diverses, une des spécialités nationales. Or il se trouve que les machines apparaissent ne pas être fiables d’après les premiers essais réalisés…la semaine dernière ! Elles n’ont pas encore été livrées partout, certaines zones où elles ont été installées ne disposent pas de courant  et la compagnie nationale d’électricité n’exclut pas des coupures le jour de l’élection. Problème technique indépendant de notre volonté et de celle de GMA, cela va de soit !

 

Quant on rajoute enfin le fait que la présidente actuelle sera inévitablement inculpée de dizaine d’affaires de corruption majeures durant son mandat si elle ne retrouve pas de siège au sénat ou si le nouveau président n’œuvre pas en sa faveur pour la nommer premier ministre, on est enfin rassuré, ces élections vont évidement se passer dans la plus stricte régularité.

 

Mais la série n’est pas finie, car une fois les résultats connus et si ces derniers ne correspondent pas aux sondages qui donnent Noynoy grand gagnant ou si des faits de tricherie sont avérés, la tendance naturelle des philippins sera sans aucun doute d’actionner un levier politique fort populaire : People’s Power, la démocratie à la philippine, une petite révolution des familles, pacifique mais ferme et qui détend !

 

Cette petite présentation, un peu aride certes mais déjà sacrément édulcorée du programme de cette semaine, vous donnera un petit coup d’avance sur les informations que vous en sauriez manquer de recevoir cette semaine de la charmante bouche de Madame Chazal.

Quelle grande invention que la démocratie !

Par Henri de Lorgeril
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Lundi 3 mai 2010 1 03 /05 /Mai /2010 14:13

 

 

Je profite d'une bonne idée soufflée par Diane pour vous proposer cette vidéo qui même si elle date un peu, ajoutera surement avec un peu d'émotion à la compréhension que j'essaie tant bien que mal de vous donner du travail de la fondation.

N'hésitez pas à faire tourner cette vidéo autour de vous.


 

 

Elle a été faite par et pour AnAK, l'association française qui aide et soutient financiérement la Fondation en levant des fonds.

A bon entendeur!

 

Par Henri de Lorgeril
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